À retenir
- Une plateforme et une rambarde. Rien entre vous et la roche, de quelque côté que ce soit.
- Une lenteur volontaire, pour laisser aux yeux le temps de s’adapter et à l’échelle celui de s’imposer.
- Quatre ou cinq passagers et un guide, puis elle remonte chercher le groupe suivant.
- Le puits s’élargit sous son étranglement, de sorte que la roche s’éloigne à mesure que vous descendez.
La machine en question
Regardez une photographie du cratère vue d’en haut : vous verrez une structure métallique en treillis qui enjambe la cuvette, avec une petite plateforme rectangulaire suspendue en dessous. C’est tout le dispositif. Une structure, un treuil, un câble et une plateforme.
Ce n’est pas un ascenseur, dans aucun sens que vous reconnaîtriez. Il n’y a ni cabine, ni portes, ni revêtement de puits, ni local technique. La plateforme a un sol en grille, une rambarde à hauteur de taille et est ouverte de tous côtés ; elle est suspendue à un câble qui se déroule depuis un treuil installé sur la structure au-dessus.
La conception était soumise à deux contraintes allant dans le même sens. L’installation devait atteindre la chambre par une ouverture que personne n’était autorisé à élargir, tout en touchant le moins de roche possible au passage. Toute solution avec un caisson, un rail de guidage ou une structure fixe aurait échoué sur ces deux points. Une plateforme suspendue à un câble traverse l’ouverture sans la modifier et peut être retirée à la fin de la saison, ce qui est effectivement le cas.
Embarquement
La plateforme est amenée au niveau d’une courte passerelle en acier qui part du fond du cratère jusqu’au bord de l’ouverture. Vous franchissez un petit espace entre le métal fixe et le métal suspendu : c’est le moment dont la plupart des visiteurs se souviennent, pour de mauvaises raisons.
À ce stade, les casques sont déjà en place, les harnais ajustés à la cabine puis vérifiés une nouvelle fois ici. Le guide embarque avec vous. La charge est de quatre ou cinq passagers, et le groupe qui attend dans le cratère est réparti en petites équipes avant que quiconque ne s’approche du bord.
On vous explique où vous placer, quoi tenir et ce qu’il ne faut pas toucher pendant la descente, et ces consignes sont véritablement pratiques plutôt que symboliques. La roche à portée de main depuis la plateforme porte des dépôts minéraux qu’une main enlèverait définitivement.
La plateforme suspendue dans le puits éclairé
La première moitié : un puits
Le treuil se met en marche et la plateforme remonte légèrement, puis commence à descendre. Sur le premier tronçon, l’expérience correspond plus ou moins à ce que chacun imaginerait : vous êtes dans un passage vertical, la roche proche de tous côtés, et vous descendez au rythme de la marche, dans une lumière du jour qui s’estompe.
Cette partie est courte et ce n’est pas elle qui marque les esprits. Le col du volcan est étroit, la roche sombre et sans éclat, et si les 120 mètres étaient tous ainsi, la visite serait une curiosité plutôt qu’une expérience.
Ce qui mérite d’être observé ici, c’est la disparition de la lumière. La lumière du jour venant de l’ouverture s’atténue rapidement, et pendant un moment ni le ciel au-dessus ni les lampes en dessous n’éclairent vraiment. C’est alors que vos yeux commencent à s’adapter, ce qui compte pour la suite.
La seconde moitié : les parois s’éloignent
Puis la roche de chaque côté cesse d’être là où elle était. Le puits s’ouvre sous son étranglement et les parois s’écartent de la plateforme, sans cesser de s’éloigner. En quelques secondes, plus rien n’est à portée de main dans aucune direction, et la plateforme est suspendue dans un espace plutôt qu’en déplacement dans un passage.
C’est la partie qui n’a pas d’équivalent en surface. Descendre est une sensation familière ; descendre dans un espace qui s’agrandit ne l’est pas. L’esprit n’a aucun repère pour cela, et les visiteurs décrivent la même poignée de réactions : serrer plus fort la rambarde, rire ou se taire complètement.
C’est ici que les lampes prennent toute leur importance. Elles sont dirigées vers certaines parois plutôt que réparties uniformément, si bien que la chambre ne se dévoile pas d’un seul coup. Des sections de paroi émergent de l’obscurité au passage de la plateforme puis retombent derrière elle, donnant l’impression d’un espace révélé par étapes plutôt qu’éclairé.
Levez les yeux à un moment du dernier tiers. L'ouverture par laquelle vous êtes entré est devenue une petite forme lumineuse, très loin au-dessus de vous, et c'est la mesure la plus éloquente de la profondeur qu'offre la chambre. Ce sont les photos que les gens accrochent au mur.
10 min
La descente, volontairement lente. Les yeux s'habituent, le guide peut parler, et la transition entre le puits et la chambre se fait assez lentement pour être pleinement ressentie.
Est-ce que cela se balance ?
Un peu, et moins que ce que le spectacle laisse imaginer. Une plateforme chargée, suspendue à un câble, est lourde et lente à bouger : ce n'est pas une balançoire. Elle effectue une légère rotation, plus perceptible que le mouvement latéral et qui constitue sans doute un avantage, puisqu'elle vous offre toute la circonférence au fil de la descente, sans que personne ait à se déplacer.
Il n'y a pas de vent là-dessous, ce qui surprend les visiteurs. Le puits est un espace vertical sans issue : l'air devient immobile peu après la surface, et l'une des premières choses que vous perdez en descendant est le bruit de l'air en mouvement.
Le treuil reste audible tout au long de la descente et c'est le son le plus fort dans la chambre. Son bruit mécanique, sans charme particulier, est étrangement rassurant, comme peut l'être le ronronnement des moteurs d'un avion.
L’arrivée
La plateforme descend sur la pente d'éboulis et s'arrête. Vous en descendez sur des rochers instables, dans l'obscurité, au fond d'un espace dont vous ne voyez pas le sommet, puis le guide conduit le groupe à l'écart afin que la plateforme puisse remonter chercher les quatre ou cinq personnes suivantes.
C'est à ce moment-là que la plupart des gens se retournent et regardent réellement vers le haut pour la première fois. C'est aussi là que le froid se fait sentir, car vous avez cessé de marcher et il n'y a pas de soleil.
La plateforme fera plusieurs allers-retours pendant que vous serez en bas, pour transporter le reste du groupe. Cela vaut la peine de l'observer une fois depuis le sol : voir l'engin sur lequel vous êtes arrivé rétrécir dans le puits avec quelqu'un d'autre à bord donne la meilleure idée des proportions que l'on puisse avoir dans la chambre.
